Pour un nouveau partenariat Europe – Afrique - Une tribune de FONLLADOSA Patrice

  • FONLLADOSA PatricePrésident du Comité Afrique - MEDEF international- Pdg de Veolia Africa et Veolia Middle East
L’UE est le premier investisseur étranger en Afrique, son principal partenaire commercial et son premier partenaire dans le domaine du développement et de l’aide humanitaire
FONLLADOSA Patrice
L’UE est le premier investisseur étranger en Afrique, son principal partenaire commercial et son premier partenaire dans le domaine du développement et de l’aide humanitaire
FONLLADOSA Patrice

Le cinquième Sommet Union européenne – Union africaine qui s’est tenu les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan est une occasion unique pour les gouvernants africains et européens de construire ensemble un partenariat stratégique entre nos deux continents. Après les Sommets du Caire (2000), de Lisbonne (2007), de Tripoli (2010) et de Bruxelles (2014), le Sommet d’Abidjan constitue une opportunité capitale avant l’échéance de 2020 pour initier la réflexion au plus haut niveau sur le renouvellement du partenariat UE-Afrique.

L’Europe et l’Afrique entretiennent une coopération privilégiée depuis 1963, au travers du partenariat entre l’Union européenne et le groupe des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). L’UE est aujourd’hui le premier investisseur étranger en Afrique, son principal partenaire commercial et son premier partenaire dans le domaine du développement et de l’aide humanitaire. L’UE contribue en effet à hauteur de la moitié de l’Aide publique au développement (APD) globale en faveur de l’Afrique (21 milliards d’euros en 2015).

L’échéance de l’Accord de Cotonou en 2020 – qui repose sur trois piliers de coopération : les relations commerciales, le dialogue politique et la coopération au développement – est une opportunité de revoir en profondeur le partenariat Europe-Afrique qui doit être fondé sur un nouveau paradigme et répondre à une logique gagnant-gagnant pour les deux continents. Ce renouvellement devra impérativement être basé sur une plus forte implication du secteur privé européen et africain pour une meilleure efficacité et une vraie perenité .

Dans ce cadre, les critères de Responsabilité sociétale et environnementale et les normes éthiques en lien avec les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies devront également être respectés et promus pour permettre un développement durable et inclusif de l’Afrique. Les entreprises européennes et africaines tiendront donc un rôle décisif. Le continent africain est en pleine mutation. Les enjeux sont multiples et colossaux en matière de développement économique et social, de préservation de l’environnement, de démographie et de lutte contre le réchauffement climatique , mais aussi de sécurité et de migration. Ces enjeux sont désormais portés en haut des agendas nationaux et font l’objet de grandes réformes structurelles comme en Guinée, au Maroc ou au Nigéria.

L’Afrique est en pleine transition urbaine

Repenser la «cité africaine» est plus que jamais une nécessité. En à peine dix ans, l’Afrique s’est imposée comme le continent de croissance, d’investissement et d’attractivité. Et cette évolution, l’Afrique la doit avant tout à elle-même. En gagnant 1 milliard d’habitants d’ici à 2050, elle s’apprête à vivre une révolution urbaine et agricole sans précédent à l’échelle humaine.

Les besoins d’investissements dans les villes d’Afrique subsaharienne sont estimés à plus de 35 milliards de dollars par an. La construction des métropoles de demain nécessite d’être soutenue par un partenariat fort et durable avec l’Europe avec la mise en place d’infrastructures urbaines permettant de contribuer à une économie circulaire – collecte, et valorisation des déchets, accès à l’énergie, à l’eau potable et à l’assainissement,…  

L’industrialisation du continent fait partie des 5 priorités de la BAD et des ODD des Nations Unies. L’enjeu est de déployer une «industrialisation» plus verte et des villes plus résilientes aux conséquences du réchauffement climatique. Car, si l’Afrique contribue pour moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), elle en est l’une des premières victimes. Sur les 10 pays au monde considérés comme les plus menacés par le changement climatique, 7 sont africains : la Sierra Leone, le Sud-Soudan, le Nigéria, le Tchad, l’Éthiopie, la Centrafrique et l’Érythrée.

L’importance de préserver les ressources naturelles

L’expansion urbaine et la croissance démographique du Continent entraînent d’inévitables tensions sur les ressources. En premier lieu, sur l’eau et sur l’énergie. Pour exemple, au cours des dernières décennies, la demande en eau a augmenté deux fois plus vite que la population. Certains pays l’ont bien compris et ont largement développé les infrastructures afin de mettre en place les conditions d’une bonne attractivité des territoires, c’est le cas du Maroc qui, très tôt, a pris des engagements forts et chiffrés via l’Initiative nationale du développement humain (INDH). Ce programme, porté par Sa Majesté le Roi du Maroc, a eu un impact très direct et fait du Maroc un cas d’école sur le Continent.

L’Afrique est également riche en sources d’énergies renouvelables. L’Europe doit s’investir aux cotés de l’Afrique dans le développement de projets d’énergies renouvelables avec l’implication du secteur privé dans l’hydraulique, l’énergie solaire et l’éolien, permettant ainsi de répondre aux besoins d’électrification massive du Continent.